70 000, 100 000, 200 000… L’impossible bilan des victimes
“Nous ne saurons jamais le chiffre exact”, reconnaît le ministre haïtien de l’intérieur, Paul-Antoine Bien-Aimé. Près d’une semaine après le séisme qui a ravagé une partie du pays, le nombre estimé de victimes de la catastrophe varie du simple au double. Quelque 70 000 cadavres ont déjà été ramassés et enterrés à la hâte dans des fosses communes, selon le gouvernement de Port-au-Prince. Le général Ken Keen, qui dirige la force spéciale américaine en Haïti, parle, lui, de 150 000 à 200 000 morts. Mais ce n’est qu’une “hypothèse de travail”, précise-t-il.
Aujourd’hui, compte tenu de l’état d’urgence, il est absolument impossible d’établir un bilan précis de la catastrophe. Ni les associations, ni les autorités n’ont le temps et encore moins les moyens de compter les cadavres. “Les chiffres avancés proviennent d’évaluation volumétriques qui prennent en compte l’ampleur des dégâts sur une zone donnée et la densité de population”, explique Ute Hofmeister, experte médico-légale au Comité internationale de la Croix-Rouge (CICR) à Paris. Ce ne sont que des approximations.
“Plus l’émotion est forte, plus les gens se mobilisent, plus on livre de chiffres. Ça donne l’impression de maîtriser une réalité qui nous échappe”, observe Rony Brauman, co-fondateur et ancien président de Médecins sans Frontières. “Mais les bilans avancés dans les jours qui suivent une catastrophe de ce type sont souvent revus à la baisse après quelques mois”, explique l’humanitaire. A titre d’exemple : “On parlait de 100 000 morts après le tremblement de terre en Arménie de 1988. En réalité, il y aurait eu entre 25 000 et 30 000 victimes”.
A cause des mouvements de population dans les jours qui ont suivi la catastrophe, morts et disparus se confondent. Et le bilan est d’autant plus difficile à établir que les registres d’état civil haïtien sont incomplets. Une part importante de la population ne dispose pas d’acte de naissance. Quant au cadastre, il reste parcellaire ou tout simplement inexistant.
“La seule certitude, c’est que le séisme qui a frappé Haïti est l’un des plus destructeurs des cent dernières années”, conclut Rony Brauman. Les Nations unies estiment que le tremblement de terre a touché trois millions de personnes, parmi lesquelles on compte 300 000 sans-abri. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 200 000 familles, soit un million de personnes, ont besoin d’un abri d’urgence.








